L'écrivain et essayiste français Maurice Blanchot, qui est mort jeudi à l'âge de 95 ans, a consacré son oeuvre à dire l'absence, la mort et le vide au moyen d'une écriture particulièrement raffinée. Peu connu du grand public, solitaire et très discret, l'auteur de "Thomas l'obscur" (1941) a bénéficié d'une autorité intellectuelle considérable, à l'instar de celle, en son temps, de Georges Bataille. Ses livres ont influencé de nombreux intellectuels français, comme Jean-Paul Sartre et René Char, Roland Barthes et Michel Foucault. Ecrire était pour lui "entrer dans l'affirmation de la solitude où menace la fascination". Né le 22 décembre 1907 à Quain (Saône-et-Loire), issu d'une famille aisée, catholique et rurale, Maurice Blanchot a été journaliste d'extrême droite au Journal des Débats, puis à Combat, à L'Insurgé et aux Ecoutes. Il a mis fin à cet engagement militant après la guerre, se retirant alors de la vie publique. "Apparaître le moins possible, non pas pour exalter mes livres, mais pour éviter la présence d'un auteur qui prétendrait à une existence propre", disait-il pour justifier ce désir de retraite. Néanmoins, quittant définitivement les idées de droite de sa jeunesse, il allait faire parler de lui en signant par la suite de nombreuses pétitions comme le "Manifeste des 121" sur la guerre d'Algérie, en faveur des jeunes révoltés de Mai 68 ou contre les lois Debré sur l'immigration. Outre "Thomas l'obscur", le plus connu de ses livres, il est l'auteur d'"Aminadab" (1942), "Le Très-haut" (1948), "L'Arrêt de mort" (1948), "La Part du feu" (1949), "L'espace littéraire" (1955), "Le Livre à venir" (1959), "L'Entretien infini" (1969) puis "L'Attente, l'oubli", une oeuvre allant vers un dépouillement grandissant. En 1983, il publie "Après coup" et participe en 1986 à un ouvrage collectif sur Nelson Mandela.