Allocution prononcée par Jacques Derrida, lors de l’incinération de Maurice Blanchot, lundi 24 février 2003.

Depuis quelques jours et quelques nuits, je me demande en vain d’où me viendrait encore la force ici, maintenant, d’élever la voix. Je voudrais croire, j’espère pouvoir imaginer encore que je la reçois, cette force qui autrement me manquerait, de Maurice Blanchot lui-même.

Comment ne pas trembler au moment de prononcer ici même, à cet instant, ce nom, Maurice Blanchot?

Il nous reste à penser sans fin, à tendre l’oreille pour entendre ce qui continue et ne cessera plus de résonner à travers son nom, dans votre nom, je n’ose pas dire dans “ton nom”, me souvenant encore de ce que Maurice Blanchot lui-même a pensé et publiquement déclaré de telle exception absolue, de ce privilège insigne que l’amitié confère, à savoir celui d’un tutoiement qu’il dit avoir été la chance unique de son amitié de toujours avec Emmanuel Levinas.

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