Beaubourg, "L'Atelier Giacometti", du 17 octobre au 11 février 2008
Par Eric Hoppenot, vendredi 7 septembre 2007 à 07:55 :: Actualités :: #179 :: rss

"Le don de Giacometti, celui qu'il nous fait, est d'ouvrir dans l'espace
du monde l'intervalle infini à partir duquel il y a présence pour
nous, mais comme sans nous. Oui, Giacometti nous donne
cela, il nous attire invisiblement vers ce point, point unique,
où la chose présente (l'objet plastique, la figure figurée) se
change en la pure présence, présence de l'Autre en son étrangeté,
c'est-à-dire aussi bien radicale non-présence."
Maurice Blanchot, "L'Amitié"
"Le don de Giacometti, celui qu'il nous fait, est d'ouvrir dans l'espace
du monde l'intervalle infini à partir duquel il y a présence pour
nous, mais comme sans nous. Oui, Giacometti nous donne
cela, il nous attire invisiblement vers ce point, point unique,
où la chose présente (l'objet plastique, la figure figurée) se
change en la pure présence, présence de l'Autre en son étrangeté,
c'est-à-dire aussi bien radicale non-présence. Cette distance (le
vide, dit Jacques Dupin) n'est en rien distincte de la présence
à laquelle elle appartient, de même qu'elle appartient à cet
absolu distant qu'est autrui, au point que l'on pourrait dire que
ce que Giacometti sculpte, c'est la Distance, nous la livrant et
nous livrant à elle, distance mouvante et rigide, menaçante et
accueillante, tolérante-intolérante, et telle qu'elle nous est donnée
chaque fois pour toujours et chaque fois s'abîme en un instant :
distance qui est la profondeur même de la présence, laquelle,
étant toute manifeste, réduite à sa surface, semble sans intériorité,
pourtant inviolable, parce que identique à l'infini du
Dehors.
Présence qui n'est pas celle d'une idole. Rien de moins plastique
qu'une figure de Giacometti, dans la mesure où le règne
de la plastique veut faire de la manifestation une belle forme et
de la forme une réalité pleine et substantielle, dans la mesure
donc où, par le règne de la plastique, s'instaure la présomptueuse
certitude du visible. On peut appeler La femme debout figure
ou même figurine, on peut la décrire dans sa nudité; mais qu'est-elle,
cette figure? Non pas ce qu'elle représente, mais le lieu de
la présence non présente; et sa nudité est l'affirmation de la
présence nue qui n'a rien, n'est rien, ne retient rien, que rien ne
dissimule. Présence de la transparence humaine en son opacité,
« présence de l'inconnu », mais de l'homme comme inconnu,
tournant vers nous cela qui toujours se détourne et nous mettant
en présence de ce qu'il y a entre l'homme et l'homme, l'absolue
distance, l'infinie étrangeté.
Ainsi, chaque fois, recevons-nous de Giacometti cette double
découverte, chaque fois, il est vrai, aussitôt perdue : seul l'homme
nous serait présent, seul il nous est étranger."
Maurice Blanchot, "Traces - LA PRESENCE" in "L'Amitié", Gallimard, 1971, p. 248-249
Site de l'exposition, infos pratiques : http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/55A5A9F27B0C0247C125723D0031C8BA?OpenDocument&sessionM=2.2.2&L=1
Giacometti dans les musées de New-York :






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