Trois occurences, de la date anniversaire de Maurice Blanchot inscrites dans son oeuvre... sans doute les seules...



"Jusqu'en 1912, s'il ne se consacre pas tout entier à la littérature, il se donne cette excuse : « Je ne puis rien risquer pour moi aussi longtemps que je n'aurai pas réussi un plus grand travail, capable de me satisfaire pleinement. » Cette réussite, cette preuve, la nuit du 22 septembre 1912 la lui apporte, cette nuit où il écrit d'un trait Le Jugement et qui le rapproche d'une manière décisive de ce point où il semble que « tout peut s'exprimer, que pour tout, pour les idées les plus étranges, un grand feu est prêt dans lequel elles périssent et disparaissent»."

Maurice Blanchot, De Kafka à Kafka, Paris, Gallimard, 1981, p. 96


"C'est ce que lui a révélé la nuit du 22 septembre où, ayant écrit d'un trait, il a ressaisi dans sa plénitude le mouvement illimité qui le porte à écrire : « Écrire n'est possible qu'ainsi, avec une telle continuité, une ouverture aussi complète du corps et de l'âme. » Et plus tard (8 décembre 1914) : « Vu à nouveau que tout ce qui est écrit par fragments, et non pas d'affilée dans le cours de la plus grande partie de la nuit ou de toute la nuit, a moins de valeur et que je suis condamné par mon genre de vie à cette moindre valeur. » Nous avons là une première explication de tant de récits abandonnés dont le Journal, dans son état actuel, nous révèle les débris impressionnants. Très souvent, « l'histoire » ne va pas plus loin que quelques lignes, parfois elle atteint rapidement cohérence et densité et cependant au bout d'une page s'arrête, parfois elle se poursuit pendant plusieurs pages, s'affirme, s'étend - et cependant s'arrête. Il y a à cela bien des raisons, mais d'abord Kafka ne trouve pas dans le temps dont il dispose l'étendue qui permettrait à l'histoire de se développer, comme elle le veut, selon toutes les directions ; l'histoire n'est jamais qu'un fragment, puis un autre fragment."

Maurice Blanchot, De Kafka à Kafka, Paris, Gallimard, 1981, p. 98


"Achevée d'imprimer le 22 septembre 1994 par Georges Monti à Cognac, l'éditions originale de "L'instant de ma mort" est tirée à mille cinq cents exemplaires : trente, numérotés, sur velin pur fil Johannot, et mille quatre cent septante sur vergé ivoire."

Maurice Blanchot, L'instant de ma mort, Fata Morgana, 1994