En arrêtant notre attention sur un aspect strictement formel d’Aminadab, nous voulons cerner un phénomène dont les implications débordent largement le strict cadre d’une étude grammaticale. L’analyse que nous proposons de certains segments d’Aminadab ne vise qu’à montrer comment, en certains endroits très significatifs du texte, la « structure » du français est tournée – chantournée – selon un projet poétique dont l’obsession est le temps. En tant que mode, le subjonctif est seulement l’indice d’une attention toute particulière de l’auteur pour les différents aspects de l’énonciation ; mais autour de ce point certes limité mais précis, les rôles se répartissent. En effet, si le regard du protagoniste ouvre sur un temps décalé et dont le sens reste, in fine, à déterminer, d’autres personnages tendent au contraire à nier, par le discours qu’ils incarnent, tout caractère non résolu du temps.

Notre présentation comportera un premier moment (I) où nous nous intéresserons au mode subjonctif en tant que tel : comment opère-t-il dans Aminadab où la notion d’image fait question (I.1.) et dans quelle mesure est-il possible de comprendre ce mode au sens large, c’est-à-dire comme l’ouverture à une « dimension subjonctive » (I.2.). Dans un deuxième temps (II) nous chercherons à donner à cette dimension du subjonctif toute sa valeur dans Aminadab : tout d’abord en montrant que cette dimension est menacée en Thomas par une sorte de grand Inquisiteur qu’est le personnage de Jérôme (II.1.) ; ensuite en montrant comment elle opère “pratiquement” pour Thomas, c’est-à-dire en quoi elle lui confère toute son épaisseur de protagoniste (II.2.).