Dans son ouvrage "La Déclosion", Jean-Luc Nancy consacre deux chapitres à Blanchot.
Le premier, "Le nom de Dieu" (pp. 129-133) est la reprise de l'article publié dans le numéro du Magazine littéraire consacré à Blanchot.
Le second, "Résurrection de Blanchot" a été prononcé lors des Ateliers de Beaubourg consacrés à l'oeuvre de Blanchot (2004, sous la direction de C. Bident). Jean-Luc Nancy analyse la présence de Lazare dans l'oeuvre de Blanchot et particulièrement dans "Thomas l'Obscur".
L'ensemble du livre reprend pour une grande majorité des textes déjà parus (parfois à paraître) mais difficiles à trouver aujourd'hui.
Quelques textes inédits comme "Verbum caro factum" et "Une exception de sens".

On lira avec attention le chapitre "Résurrection de Blanchot", même si Nancy se trompe en écrivant : "Or, la "résurrection de la mort" constitue chez Blanchot une formulation rare mais décisive." (p. 136)... cette formulation, la "résurrection de la mort", n'est à notre connaisance, jamais utilisée par Blanchot, en tout cas dans les textes publiés jusqu'à ce jour...

Analyse de Guy Samana :

À se déplacer sans cesse, mais en délimitant chaque fois les courbures et les méandres de ses passages, Jean-Luc Nancy nous surprend toujours. Du rapport sexuel à la peinture, de la danse à l’image, de la création à la déconstruction du christianisme, est questionné un rapport entre dedans et dehors, soi et non-soi, sujet et être. Ce qui est circonscrit, ici, c’est une relation bien particulière entre une ouverture et une fermeture, une tension en même temps qu’une attente et qu’une tentation, le mouvement d’une forme qui se cherche : le mouvement de l’Idée en tant qu’adresse. Car, de l’adresse, ce qui fait lien c’est le commerce de nos pensées. Celui-ci repose sur la circulation d’une monnaie dont l’unité incalculable est celle d’une matière portant promesse : elle se nomme « livre ». Des sensations à l’Idée, du sensible au penser, Jean-Luc Nancy explore ainsi l’illisible dans la librairie de l’âme. Ce libre espace d’une dévoration, ce frottement d’un réel indéchiffrable ouvrent l’âme à une récitation murmurante qui n’est ni celle d’un savoir ni mise en prise d’une substance. Dans cette ouverture, il est question d’ouverture, dans la mesure où rien n’est contenu, rien qu’une prolifération et une dispersion qui excèdent toute surface. L’Intrus ici est celui qu’il faut laisser respirer pour qu’il perde de son extériorité et de sa consistance, pour que, de sa fragilité, il fasse la marque de son envol. Ce livre-là est moins un livre que l’idée qu’il n’y a pas de fin à l’Idée du livre. Par rapport au christianisme, l’ouverture s’appelle déclosion. Celui-ci, tel qu’il est présenté dans le deuxième livre, est moins un bloc que le mouvement de sa propre distension, car il représente la constitution d’un sujet en ouverture et en distension de soi. Les catégories chrétiennes (la foi, le péché, le Dieu vivant) sont réexaminées sous cette lumière. Un nouveau départ de la création s’ensuit ; de telle sorte que la déclosion confère à l’éclosion un caractère proche de l’explosion, et que l’espacement confine à la conflagration. Cette pensée de l’Ouvert et des déplacements de l’espace trouve là encore une confirmation, et une configuration, originales.
http://www.culturesfrance.com/adpf-publi/vdp/pdf/vdp23.pdf