Jean-Luc Nancy, "La Déclosion"
Par Eric Hoppenot, dimanche 3 avril 2005 à 10:46 :: Bibliographie :: #45 :: rss
Jean-Luc Nancy, "La Déclosion" (Déconstruction de christianisme), éd. Galilée, 2005
Dans son ouvrage "La Déclosion", Jean-Luc Nancy consacre deux chapitres à Blanchot.
Le premier, "Le nom de Dieu" (pp. 129-133) est la reprise de l'article publié dans le numéro du Magazine littéraire consacré à Blanchot.
Le second, "Résurrection de Blanchot" a été prononcé lors des Ateliers de Beaubourg consacrés à l'oeuvre de Blanchot (2004, sous la direction de C. Bident). Jean-Luc Nancy analyse la présence de Lazare dans l'oeuvre de Blanchot et particulièrement dans "Thomas l'Obscur".
L'ensemble du livre reprend pour une grande majorité des textes déjà parus (parfois à paraître) mais difficiles à trouver aujourd'hui.
Quelques textes inédits comme "Verbum caro factum" et "Une exception de sens".
On lira avec attention le chapitre "Résurrection de Blanchot", même si Nancy se trompe en écrivant : "Or, la "résurrection de la mort" constitue chez Blanchot une formulation rare mais décisive." (p. 136)... cette formulation, la "résurrection de la mort", n'est à notre connaisance, jamais utilisée par Blanchot, en tout cas dans les textes publiés jusqu'à ce jour...
Analyse de Guy Samana :
À se déplacer sans cesse, mais
en délimitant chaque fois les courbures
et les méandres de ses passages,
Jean-Luc Nancy nous surprend toujours.
Du rapport sexuel à la peinture,
de la danse à l’image, de la création
à la déconstruction du christianisme,
est questionné un rapport entre dedans
et dehors, soi et non-soi, sujet et être.
Ce qui est circonscrit, ici, c’est une
relation bien particulière entre une
ouverture et une fermeture, une tension
en même temps qu’une attente et qu’une
tentation, le mouvement d’une forme
qui se cherche : le mouvement de l’Idée
en tant qu’adresse. Car, de l’adresse,
ce qui fait lien c’est le commerce de nos
pensées. Celui-ci repose sur la circulation
d’une monnaie dont l’unité incalculable
est celle d’une matière portant promesse :
elle se nomme « livre ». Des sensations
à l’Idée, du sensible au penser, Jean-Luc
Nancy explore ainsi l’illisible dans
la librairie de l’âme. Ce libre espace
d’une dévoration, ce frottement d’un
réel indéchiffrable ouvrent l’âme
à une récitation murmurante qui n’est
ni celle d’un savoir ni mise en prise
d’une substance. Dans cette ouverture,
il est question d’ouverture, dans
la mesure où rien n’est contenu, rien
qu’une prolifération et une dispersion
qui excèdent toute surface. L’Intrus
ici est celui qu’il faut laisser respirer
pour qu’il perde de son extériorité et de
sa consistance, pour que, de sa fragilité,
il fasse la marque de son envol.
Ce livre-là est moins un livre que l’idée
qu’il n’y a pas de fin à l’Idée du livre.
Par rapport au christianisme, l’ouverture
s’appelle déclosion. Celui-ci, tel qu’il
est présenté dans le deuxième livre,
est moins un bloc que le mouvement
de sa propre distension, car il représente
la constitution d’un sujet en ouverture
et en distension de soi. Les catégories
chrétiennes (la foi, le péché, le Dieu
vivant) sont réexaminées sous cette
lumière. Un nouveau départ de la création
s’ensuit ; de telle sorte que la déclosion
confère à l’éclosion un caractère proche
de l’explosion, et que l’espacement
confine à la conflagration. Cette pensée
de l’Ouvert et des déplacements
de l’espace trouve là encore une
confirmation, et une configuration,
originales.
http://www.culturesfrance.com/adpf-publi/vdp/pdf/vdp23.pdf
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