L’étude suivante se présente comme une lecture diachronique et contextuelle des critiques littéraires et politiques de Maurice Blanchot, publiées entre 1931 (année de la première publication de Blanchot) et 1943 (publication de Faux pas). Elle a été réalisée comme un mémoire de licence en langues romanes à l’université catholique de Leuven (promoteur : Prof. dr. K. Geldof) pendant l’année académique 1994-1995, c’est-à-dire avant les publications de Philippe Mesnard (Maurice Blanchot. Le sujet de l’engagement, 1996), de Lesly Hill (Maurice Blanchot. Extreme Contemporanity, 1997) et de Christophe Bident (Maurice Blanchot. Partenaire Invisible, 1998). Dans ces publications, les écrits de Blanchot des années trente sont amplement présentées et discutées. Ce n’est pas ici le lieu de prendre position à l’égard de ces travaux. Il me semble toutefois que les recherches développées dans mon mémoire de licence s’en distinguent pour trois raisons.
Tout d’abord, il s’agit d’une recherche qui prend appui sur l’ensemble des textes – à l’exception près des critiques littéraires publiées dans les années ‘34 et ‘35 dont je n’étais pas informé lors de la rédaction. Ce corpus des textes est interprété et analysé dans l’ordre chronologique de leur publication – évolution qui circonscrit leur enjeu révolutionnaire – et en rapport avec le contexte hétérogène dans lequel ils cherchent à délimiter une position de dissidence. Ensuite, ce n’est pas tant la question de l’engagement qui se trouve au centre de mes recherches, mais bien plutôt le rapport entre littérature et engagement. C’est ce rapport qui se réfléchit sans cesse dans les écrits de Blanchot des années trente, soit-il dans une critique littéraire ou politique. Aussi les deux thèses que j’ai cherché à développer s’énoncent-elles de la façon suivante : l’on ne comprend rien à l’engagement de Blanchot si l’on ne tient pas compte d’abord de la primauté de la littérature et de même, l’on ne comprend rien au retour à la littérature si l’on ne tient pas compte de l’expérience politique de l’engagement. Autrement dit, il ne suffit pas de décrire le rapport de l’un à l’autre comme un rapport de dépassement ou comme un passage d’une position engagée dans le monde à une expérience d’écriture dans la nuit : c’est l’exigence et l’expérience mêmes de la littérature qui se redéfinissent à partir d’un idéal révolutionnaire (im)possible. Enfin, une telle approche est inspirée par la conviction qu’il importe d’examiner l’écriture de Blanchot en dehors de tout parti pris idéologique : il ne s’agit ici ni de révéler un ‘sale petit secret’ à l’origine de son œuvre, ni de minimiser son engagement politique dans les années trente comme un accident de parcours. Aussi longtemps que la signature de Blanchot dans ce contexte n’est mentionnée que pour mieux discréditer ou justifier son auteur, l’on ne réussit pas à montrer de quelle façon cette signature s’est cherchée, s’est tracée et s’est singularisée justement à partir de ces années trente.
Je remercie vivement Eric Hoppenot d’avoir voulu ouvrir le site Maurice Blanchot pour ce document.
Le 6 octobre 2003
Dr. Arthur Cools
Assistant de recherche
Département de Philosophie
Université d’Anvers
acools@*ua.ac.be
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