__Le Monde

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 25 Février 2003

Quelques contemporains expliquent l'importance de l'oeuvre de Maurice Blanchot__




L'AMITIÉ chez un écrivain aussi essentiellement seul ne peut être un simple agrément, un motif d'assouplissement des rudesses de l'existence. Les amis de Maurice Blanchot (Emmanuel Levinas, Jean Paulhan, Jacques Derrida...) n'ont jamais trahi l'impératif du secret. Voici quelques jugements littéraires sur cette oeuvre singulière.

Robert Antelme

« Amitié du critique, l'oeuvre de l'autre jamais abandonnée à sa solitude, à une littéralité ; gravité et douceur de ce lieu de double hospitalité, toujours lieu du questionnement premier. L'écriture de Maurice Blanchot porte, est portée par le silence de l'humanité muette, elle en est le «coeur qui bat». » ( La Quinzaine littéraire, 1981, à l'occasion de la parution de L'Ecriture du désastre, repris dans Robert Antelme, textes inédits, Gallimard, 1997.)

Jean-Paul Sartre

« M. Blanchot commence d'écrire dans une époque de désillusion : après la grande fête métaphysique de l'après-guerre qui s'est terminée par un désastre, la nouvelle génération d'écrivains et d'artistes, par orgueil, par humilité, par esprit de sérieux, a opéré en grande pompe un retour à l'humain. » (A propos d 'Aminadab, Les Cahiers du Sud, 1943, et Situations I, Gallimard, 1947.)

Maurice Nadeau

« Au schéma logique qui place face à face le «producteur» et le «consommateur», Blanchot substitue un fait «existentiel» : la synthèse Chez Maurice Blanchot, le philosophe et le métaphycisien accompagnent le critique. Toute écriture, tout langage mène selon lui au silence. Ecrire, c'est faire l'apprentissage de la mort. » ( Le Roman français depuis la guerre, 1963, rééd. Le Passeur, 1992.)

Henri Thomas

« Dialecticien de la nuit, du silence, de la disparition, Blanchot use admirablement de quelques vers de Hölderlin ou d'un passage de Kafka ; il ne les sollicite point, il les laisse s'épancher en significations de plus en plus lointaines, jusqu'à l'ultime rayonnement, mais que se passe-t-il ? Le discours de Blanchot possède une sorte de pouvoir de succion extraordinaire : il allège insensiblement un texte des éléments qui feraient obstacle à sa libre flottaison... » ( Cahier des saisons, 1956, et La Chasse au trésor, Gallimard, 1961.)

Didier Cahen

« Certes, Maurice Blanchot se tait. Mais c'est pour mieux parler en donnant, en laissant la parole à ses livres. Ce sont leurs mots, les silences qu'ils accusent, ce sont leurs phrases qui parlent pour lui ; la voix qui s'en dégage donne, d'autant plus librement, cours à l'universel. » ( Ralentir travaux, no 7, hiver 1997.)

Jean-Luc Nancy

«... Il y eut la voix de Maurice Blanchot qui s'obstina lentement, sourdement, de manière sinueuse et même tortueuse, à la mesure d'une difficulté où chaque pas est un piège, et se sait comme tel. Elle s'obstina avec une vigilance exacerbée, pénible, fidèle jusqu'au ressassement à la défaillance insigne d'une civilisation et de ses jeux de sens ou de vérité. Cette voix s'était résolue à traquer la nécessité d'écrire non plus comme un mouvement pour se saisir, mais pour se dessaisir. » ( Idem.)

Jean Starobinski

« Ce que j'appellerais volontiers le «moment Blanchot» dans l'expérience de mon travail, ce sont les instants où je remets en cause ce que je viens d'écrire, où je corrige les certitudes hâtives et les premières vues, où je m'oppose à moi-même, et où je tente de dépasser le point où je m'étais arrêté. » ( L'OEil de boeuf, no 14-15, mai 1998.)

Hélène Cixous

« Maurice Blanchot m'accompagne depuis toujours. Il m'est toujours quelque part en parage. Je pense d'ailleurs qu'il est l'époque même. »

(Idem.)