Un écrivain de l'absence, mais un militant engagé
Par Eric Hoppenot, samedi 2 avril 2005 à 19:30 :: Presse :: #17 :: rss
Jeune, Maurice Blanchot fut proche de l'extrême droite et de l'antisémitisme. Il fut ensuite militant de toutes les causes humanistes, de l'Algérie à mai 68.
Jeune, Maurice Blanchot fut proche de l'extrême droite et de l'antisémitisme. Il fut ensuite militant de toutes les causes humanistes, de l'Algérie à mai 68.
Maurice Blanchot est né à Quain en Saône-et-Loire, le 22 septembre 1907, dans une famille catholique rurale et aisée. Jeune dandy, brillant, il est journaliste d'extrême droite au «Journal des débats», à l'Insurgé et aux Écoutes. Il écrit plus de 200 articles entre 1931 et 1944. Le philosophe Emmanuel Levinas l'avait connu à Strasbourg: «Il était alors très à droite, disait-il. J'avais l'impression d'une extrême intelligence, d'une pensée aristocratique très éloignée de moi à cette époque-là du point de vue politique. Mais nous avons eu très vite accès l'un à l'autre et sur beaucoup de points nous pensions ensemble. Blanchot eut une évolution tout intérieure, sans jamais la moindre concession opportuniste.»
«Blanchot n'a jamais nié, poursuit Jacques Sojcher, qu'il fut antisémite dans sa jeunesse, comme d'autres de la droite catholique. Mais il a été ensuite très marqué par le judaïsme -son amitié avec Levinas en est un exemple- très marqué aussi par la Shoah. Après la guerre, il s'est totalement engagé pour l'humanité de l'homme. Si l'écrivain se désincarnait, l'homme militait. Il a signé avec Maurice Nadeau, le manifeste pour l'insoumission pendant la guerre d'Algérie. Il a manifesté pendant mai 68, passant même une nuit sur les barricades, il a lutté contre les lois Debré sur l'immigration. Son oeuvre est profondément antiraciste. Il était aussi engagé que Sartre, mais uniquement comme homme, ne croyant pas à l'engagement de l'oeuvre.»
Dans les années 90, Blanchot quitte un de ses éditeurs, lui reprochant d'avoir publié un livre d'Alain de Benoist, théoricien d'extrême droite: «Aujourd'hui je n'ai de pensée que pour Auschwitz» dit-il alors à Bernard- Henri Levy.
Outre «Thomas l'obscur» (1941), le premier de ses livres, il est l'auteur d'«Aminadab» (1942), «Le Très-haut» (1948), «L'Arrêt de mort» (1948), «La Part du feu» (1949), «L'espace littéraire» (1955 avec son autobiographie très brève), «Le Livre à venir» (1959), «L'Entretien infini» (1969) puis «L'Attente, l'oubli», une oeuvre allant vers un dépouillement grandissant. En 1983, il publie «Après coup» et participe en 1986 à un ouvrage collectif sur Nelson Mandela.
«Maurice Blanchot fut le seul écrivain à être mort de son vivant, écrit Eric Loret dans «Libération». Aussi bien par ses théories que par la rumeur publique qui le donnait régulièrement pour agonisant dès les années 70. Aujourd'hui, sa mort ne peut donc que continuer de durer: Seul demeure le sentiment de légèreté qui est la mort même ou, pour le dire plus précisément, l'instant de ma mort désormais toujours en instance.»
© La Libre Belgique 2003
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